Kamishibais et écologie : une résidence d'artiste à l'école

Cette année, j'ai effectué une résidence d'artiste dans l'école Denis Diderot à Montpellier. Il s'agit d'un gros projet initié dans le cadre des PACE. A l'origine, le volet "résidence d'artiste" accorde un budget pour 40 heures, mais celui-ci a pu être rallongé, d'une part par la ville et d'autre part par le collège du réseau d'éducation prioritaire. Au total, ce sont 72 heures d'intervention qui ont pu être financées : mon plus gros projet jusqu'à présent !




La genèse du projet


Au départ, il y avait l'idée d'une enseignante de l'école, Delphine, qui a porté ce projet du début jusqu'à la fin (bravo et merci à elle) : réaliser des kamishibais en travaillant sur le thème de l'écologie.


Des kamishibais ? Mais qu'est-ce que c'est ? Littéralement "théâtre de papier", ce concept d'origine japonnaise, à mi-chemin entre le théâtre et l'album jeunesse, consiste à présenter des illustrations sans texte dans un cadre en bois (le castelet) et à faire glisser les planches les unes derrière les autres pour raconter l'histoire, dont le texte est noté à l'arrière, seulement visible par la personne qui "conte".



Il était donc question de faire réaliser aux élèves des illustrations à partir d'histoires qu'ils allaient inventer en classe, dans le but de les présenter ensuite à un public, de les "conter". 12 classes en tout se sont investies dans le projet, constituant en tout 8 groupes d'environ 20-23 élèves. Le thème choisi par les enseignant.es était l'écologie, mais pour apporter une unité supplémentaire à l'ensemble des histoires, nous avons décidé d'un personnage principal commun, à qui il arriverait une aventure différente dans chacune des histoires. L'équipe enseignante s'est réparti des lieux ou des sous-thèmes : la forêt, le pôle Nord, les abeilles, les transports, l'école, la ville, l'océan, le tri des déchets...


Tout ceci se discute et se décide en réunion. Après un premier échange par téléphone avec Delphine, j'ai rencontré deux fois l'ensemble de l'équipe à l'école : une fois en septembre pour finaliser le dossier de candidature, et une autre fois en février, pour peaufiner les détails de la mise en œuvre. Ces réunions sont très importantes, car elles permettent à tout le monde d'y voir beaucoup plus clair et d'envisager les différentes possibilités en fonction des contraintes techniques (volume horaire, nombre de classes participant, salles et adultes disponibles...) Ainsi, alors qu'au départ une seule illustration par classe était envisagée, nous avons pu concevoir quelque chose de plus étoffé avec une véritable histoire et 10 illustrations par classe.



Le personnage principal a été déterminé par les collègues : ce serait une petite fille, Gaïa. Je l'ai imaginée et représentée, et elle a été présentée à tous les enfants qui ont alors travaillé sur leurs histoires respectives.



Conception des illustrations



Une fois les histoires terminées, mon travail commence alors, et ce bien avant le début de l'intervention auprès des élèves ! En effet, le temps imparti permettait une journée d'ateliers d'illustration par classe. Il n'était donc pas possible de faire concevoir celles-ci par les enfants (cela représente un travail très intéressant, mais qui aurait nécessité une journée supplémentaire). J'ai alors travaillé sur chaque histoire pour en concevoir un "story-board", c'est-à-dire une représentation à mi-chemin entre l'esquisse et le dessin élaboré, ce que j'appelle moi un "brouillon amélioré". Cela a nécessité des échanges avec chaque enseignant.e, parfois deux en même temps pour les classes de CP et CE1 qui s'étaient regroupées. Parfois, le texte a dû être retouché, parfois j'ai dû modifier des illustrations. Ces allers-retours entre illustrateurice et auteurices sont indispensables dans l'élaboration d'illustrations.



En tout, j'ai donc conçu 80 illustrations pour les 8 histoires. Mon objectif était de faire dessiner les enfants d'une façon variée et parfois inhabituelle pour eux : des gros plans, des plans plus larges, des personnages en mouvement, des expressions dans le visage, des positions de corps différentes, des angles de vue variés... Je suis aussi très attachée aux petits détails. Par exemple, le morceau de plastique dans le bec du pingouin malade que Gaïa tente d'aider se retrouve dans la main de celle-ci sur la planche suivante, alors qu'elle est poursuivie par un ours polaire. Lors de la réalisation des illustrations, j'ai attiré l'attention des enfants sur ce genre de détails auxquels on doit penser. J'ai invité les maître.sses à montrer les dessins aux enfants et à les faire s'entraîner.




Introduction au métier d'illustratrice


En mai, l'intervention en tant que telle démarre ! Pour commencer, j'ai rencontré toutes les classes, ainsi que d'autres qui ne participaient pas directement au projet, dans le cadre d'une présentation du métier d'illustratrice et de la conception d'illustrations autour de mon livre Lucie et le Dragon-Nuage. Les classes avaient lu le livre auparavant et préparé des questions.



J'ai également fait une démonstration à l'aquarelle en réalisant une petite peinture rapide (5 en tout, j'en ai fait une différente pour chaque groupe). Je ne détaille pas plus cette partie, ayant déjà décrit le principe dans cet article.




Les ateliers d'illustration


Et c'est parti pour les illustrations ! 8 jours pour 8 classes, je dois avouer que c'était assez intense ! Pour chaque classe, le principe a été le même : Les élèves étaient regroupés en binômes ou trinômes par illustration. Il y a d'abord eu une première partie dessin jusqu'à la récréation, où alors les binômes étaient répartis en 2 ou 3 groupes gérés par moi ou par un.e enseignant.e. Je me suis concentrée sur la réalisation des personnages, tandis que l'autre ou les deux autres adultes se concentraient sur les éléments de décor.



La partie dessin inquiétait beaucoup les maître.sses, qui pensaient souvent leurs élèves peu capables de "bien" dessiner. Et en effet, les enfants perdent très vite leur confiance concernant le dessin. Dès le CE2, voire avant, ils peuvent dire "je ne sais pas dessiner" et ont peur de se lancer. Tout dessin "élaboré" leur paraît une tâche impossible à réaliser et ils ne savent pas du tout par quoi commencer. Cela a donc été un travail très intéressant de les amener à faire des visages expressifs, des corps proportionnés et en action, des détails tels que les dix doigts de la main, des parties du corps cachées par d'autres... En réalité, beaucoup se sont révélés bien meilleurs dessinateurs qu'ils ne le pensaient eux-mêmes !